Adieu Michel !

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Adieu, délicieux plaisirs honteux !

D’accord, Michel Galabru était un grand. Un très grand même. “Le Juge et l’Assassin” de Tavernier, c’est lui. “Subway” de Besson, “Kamikaze” de Grousset, c’est encore lui, passant du flic bougon au psychopathe vengeur avec classe. Le Gendarme, toujours lui, formidable Adjudant Gerber sadisant son Maréchal des Logis Cruchot pour l’éternité. Et les Ch’tis, même pour une seule scène, c’est définitivement lui.

Tout ça, on le sait. Mais pour les quinquas décatis dans mon genre, Galabru, comme Dary Cowl, Paul Préboist ou Roger Carel, ce n’était pas que ça. C’était aussi ce comédien de génie, tellement pourchassé par les impôts qu’il avait un poil oublié de payer, qui prenait toutes les panouilles, des plus honteuses aux plus navrantes, par obligation financière.

Et c’est aussi pour ça qu’on l’aimait. Quand un dimanche après-midi dépressiogène, on est à tuer le temps, vautré sur son canapé, le pouce sur le bouton + de la télécommande et qu’on tombe sur “Deux grandes filles dans un pyama” de Jean Girault ou “Le führer en folie” du délicat Philippe Clair, voire les “Bidasses aux grandes manœuvres” de Raphaël Depart#, on s’arrête dessus et on regarde. Oui, ces films miteux au budget riquiqui et au scénario tenant sur un demi timbre-poste, écrit après 12 litres de mauvais rosé, qui vous tétanisent le cerveau, c’est exactement ce qu’on cherche. N’avez-vous jamais regardé un de ces nanards ultimes plus inepte qu’une grille de mots croisés sans définition, juste pour passer le temps ? N’avez-vous jamais rigolé grassement devant un calembour si miteux qu’il prendrait froid au premier courant d’air ? N’avez-vous jamais secoué la tête en disant “Mais que c’est con !” tout en suivant le déroulement d’un de ces naufrages cinématographiques aux relents vaguement humoristiques ? Si vous avez répondu au moins une fois oui, alors vous comprenez l’apport de cette partie de la carrière de Michel Galabru au plaisir du cinéphile. Celui de permettre au cerveau de se débrancher, de n’être disponible ni pour Wim Wenders ni pour Coca-Cola et de plonger dans la pataugeoire du délicieux plaisir honteux du rire primaire, bête et sans conséquence, pendant que des comédiens de talent s’agitent avec une belle énergie sur l’écran.

Et si vous avez répondu “Non”, je vous conseille de vous précipiter sur un quelconque robinet à films du câble ou de l’Internet, vous devriez trouver rapidement votre bonheur coupable, parce que c’est aussi ça, le cinéma.

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1  dont le premier assistant sur ce film n’était autre que Luc Besson. Comme quoi, la grosse panouille rigolarde mène à tout !

Texte Naqdimon Weil

 

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