Le nez dans l’écran : Un aveugle assez voyant

Daredevil, 13 épisodes, en VOD sur Netflix

Les super-héros, c’est comme la potion magique, si on est tombé dedans alors qu’on était tout petit, ça vous marque à vie. En tout cas, moi, c’est ce qui m’est arrivé. Je me souviens de mon impatience d’aller acheter mon Strange mensuel, et surtout d’y trouver les aventures de DareDevil, le justicier aveugle, l’Homme Sans Peur. Je rassure ceux qui n’auraient pas lu la BD ou pas vu la série, je ne vous révèle rien, c’est expliqué dès les premières images, fixes ou animées. Je ne sais pas pourquoi j’étais – et je demeure – fan de ce héros sans super-pouvoir, à part son sens radar, vague succédané du Batman de la DC, mais c’est comme ça.

Et donc, quand le robinet à films Netflix a annoncé qu’il allait lancer une série avec ce personnage, mon sang n’a fait qu’un tour. Car, vu le monstrueux étron cinématographique qu’avait été le film éponyme, avec le monolithique Ben Affleck et ses deux expressions, je craignais le pire. Eh bien, j’avais tort, grandement tort.

Car la première saison – la suivante est annoncée pour mars 2016 – respecte parfaitement l’esprit du comics, en se fondant sur l’extraordinaire univers scénaristique recréé par Frank Miller pour le héros. Les personnages principaux sont tous là, Matt Murdock/DareDevil, Foggy Nelson, Karen Page, Ben Ulrich, et leurs personnalités et leurs univers sont plutôt subtilement présentés. Contrairement à mes craintes, l’Homme Sans Peur n’est pas devenu surpuissant, c’est même tout l’inverse, vu le nombre de fois où il se prend une sévère peignée. Et quand il ne court pas après les méchants, il est bien avocat, ce qui prouve que le Droit mène à tout. L’ambiance est sombre, violente, parfois même brutale – ce n’est donc pas à mettre devant tous les yeux – et surtout, ça reste très humain. Comme dans la BD originelle, le héros ne va pas combattre une menace extra-terrestre toute puissante à grands coups d’effets spéciaux, donc ne vous attendez pas à voir des rayons lasers lui sortir des trous de nez, c’est pas le genre de la maison. DareDevil va plus simplement s’opposer au patron de la pègre new-yorkaise avec ses petits bras musclés.

Mais alors, quel patron ! C’est le CaïdThe Kigpin, en anglais – magistralement interprété par Vincent D’Onofrio, oui, oui, l’inspecteur Goren de New York, section criminelle, qui est passé de l’autre côté de la Loi, ce qui n’est pas très moral. Je sais bien que je n’ai pas cité les autres interprètes, tous honorables, mais si, comme on le prête à Hitchcock un bon film c’est d’abord un bon méchant, alors nous avons là un très bon, un excellent méchant. Parce qu’il n’est pas primaire, qu’il a des fêlures, des sentiments mais qu’il reste parfaitement inquiétant. Tiens, il me fait un peu penser à Tony Soprano dans la série du même nom, la mama psychopathe et Steven Van Zandt* en moins.

Pour ce qui est de la réalisation, c’est bien fait, sans trop d’esbroufe, le scénario ne va pas casser trois pattes à un canard unijambiste, mais réserve quelques bonnes surprises et surtout, on sent bien que cette première saison, même si elle possède son histoire propre, sert de scène d’exposition. Ce qui me pousse, bien évidemment à attendre la suivante avec curiosité.

Donc, vous l’aurez compris, je vous recommande chaudement cette courte série, disponible sur en VOD sur Netflix en intégrale.

PS : ah oui, détail important, il existe aussi une série Jessica Jones, dans le même univers, avant l’arrivée des séries Luke Cage et enfin Iron Fist (non, on ne rit pas…), qui permettra de créer un groupe de super-héros plus terre-à-terre que les Avengers. Sont malins, chez Netflix/Marvel ! Mais j’y reviendrai ultérieurement.

* : Vous ne connaissez pas Steven Van Zandt ? Mais c’est une erreur monumentale! C’est évidemment le consigliere Sylvio Dante dans les Sopranos, d’accord. Mais c’est aussi Frank Tagliano, le maffieux new-yorkais planqué par le FBI dans la pampa norvégienne, du très réjouissant Lilyhammer. Et c’est surtout le guitariste et mandoliniste du E-Street band, qui joue avec Bruce Springsteen depuis plus de quarante ans ! En fait, j’adore ce type, donc j’ai trouvé le moyen d’en parler alors qu’il n’y avait pas de raison. Je suis chafouin.

Texte Naqdimon Weil

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