Le nez dans l’écran : L’air et les gants.

 

Creed, l’héritage de Rocky Balboa.

Avec ma taille inférieure et mon format de bouteille d’Orangina®, dire qu’on aime la boxe, c’est prendre le risque d’être l’objet de quelques vannes bien senties. Mais tant pis, c’est comme ça, depuis très longtemps, j’apprécie le “noble art”. Faut dire que grandir pendant la carrière de Cassius Clay/Mohamed Ali, se rappeler des combats d’Evander Hollyfield, avoir attendu jusqu’à des 4 heures du matin pour voir Myke Tyson sécher son adversaire en une minute trente, ça ne vous aide pas à préférer le macramé. Les films de boxe, aussi, Marqué par la haine, avec Paul Newman, Raging Bull, de Scorcese, Gentleman Jim, avec Errol Flynn. Et, bien sûr, Rocky. Le 1 et le 2, pour les autres, c’est nettement moins ma came.

Alors quand j’ai vu que sortait un nouvel opus de la franchise, j’ai un peu hésité. Parce qu’avec Stallone, on n’est jamais déçu. En bien ou en pire. Si j’adore Copland, Daylight, Demolition man et le premier Rambo, je dois bien avouer que l’étalon italien s’est quand même vautré dans un sacré paquet de navets, plus indigestes les uns que les autres (que je ne vais pas citer ici par manque de place). Alors, d’accord, si avec The expendables, Sly a repris un peu de crédit en ce qui me concerne, est-ce que Creed n’allait pas être l’épisode de trop d’une saga un peu fatiguée ?

Eh bien, pas du tout ! Ce film est un véritable plaisir pour le cinéphile et l’amateur de boxe. En résumé et sans déflorer le sujet, Adonis Creed, fils caché de feu Apollo Creed – le meilleur adversaire et ami de Rocky – veut devenir boxeur. Pour ça, il abandonne la Californie pour retrouver à Philadelphie un Rocky Balboa vieilli et réticent, à qui il va demander de l’entraîner. Je n’en dirai pas plus, car je préfère vous laisser découvrir le scénario en salle.

Mais alors que dire pour vous donner envie d’y aller ?

Tout d’abord, que tout ceci est très bien fait, respectueux de l’œuvre originale sans tomber dans le plagiat, qu’on y retrouve les émotions du premier opus de la série et que la montée en puissance est parfaite. Si, dans les trente premières minutes, je trouvais le rythme un peu nonchalant, j’ai été rattrapé par la mise en scène et le scénario. Et les acteurs ! Le jeune Michael B. Jordan est très bon, agaçant à souhait, le rôle féminin est finement interprété par Tessa Thompson et la “mère” de Creed est incarnée par une Phylicia Rashād – oui, oui, la femme du Dr Huxtable dans le Cosby Show – en grande forme. Mais, soyons honnêtes, c’est Sylvester Stallone qui remporte le match par KO. En vieux boxeur italien fatigué, un peu désabusé, dépassé par l’époque, c’est tout simple, il est parfait, je vous recommande la scène du cimetière. Pour les entraînements, Ryan Coogler, le subtil réalisateur, a évité de nous infliger le rapport maître-élève à la Karaté kid et la philosophie de comptoir. Et pourtant Rocky retrouve toute l’humanité et la fragilité que l’on avait adoré dans le premier épisode. Ce qui confine à l’exploit, quand on parle d’un boxeur poids lourd. D’aucuns reprocheront au film un rien de sentimentalisme simplet, mais, j’avoue assez aisément avoir marché avec plaisir. Et puis le scénario aborde les notions de famille, d’héritage, de filiation et de transmission, ainsi que celle de la déchéance physique sans tomber dans la mièvrerie. Pour ce qui est des combats – c’est tout de même un film de boxe -, s’ils n’atteignent pas, à mon sens, la perfection d’Ali de Michael Mann, ils sont au moins très bien filmés et tout à fait prenants, avec quelques beaux effets de gros plans marquants. Mon seul bémol, et qui ne vient même pas du film, c’est que dans ma lointaine province, le film ne passe pas en VO et que je reste dubitatif sur la traduction. Mais là, je pinaille, c’est juste pour avoir quelque chose à dire.

Alors, enfilez votre bonnet, grimpez les marches du Capitole en courant, tapez dans une carcasse de bœuf et foncez voir Creed !

Creed : L’Héritage de Rocky Balboa, film américain de Ryan Coogler, 2h13, actuellement en salles

Texte Naqdimon Weil

33a357f3742a4f8cafa57606d70f53c6

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *