Le nez dans l’écran : Des séries en série.

 

 

Et puis vint Steven Bochco”

Récemment, alors que je discutais avec Jack Moustache, notre rédac’chef vénéré, il m’a menacé de m’envoyer chroniquer le salon du toilettage pour chiens à Bibiche dans la Meuse, si je ne faisais pas une rubrique sur des séries plus ou moins anciennes qu’il faut absolument avoir vu. Comme je respecte profondément sa haute vision blogotique et que je déteste l’odeur du clébard mouillé et la campagne, je m’exécute avec empressement. Donc, régulièrement et si l’actu ciné-télé n’est pas palpitante, je vous rappellerai dans ces colonnes les noms des séries immanquables.

Fouillons un peu ensemble dans les archives du poste.

Dans les temps anciens, c’est à dire vers les années 50, 60 et 70, la série télé n’était pas vraiment un art majeur. Entre les soap-opera interminables – effectivement financés par des marques de savon – et des feuilletons policiers un peu poussifs, il faut reconnaître que la créativité ne brillait pas par une présence trop évidente. Et si nombre d’entre nous se souviennent avec des larmes dans la voix de Mannix, Starsky et Hutch, Thierry la Fronde ou Les Brigades du Tigre, c’est parce qu’ils oublient les autres, toutes les autres, sans moyens, avec des scénarios plus minces qu’un steak de Resto U et des comédiens peu convaincus, sauf de payer leur loyer à la fin du mois. Bien sûr, il y avait quelques éclairs de génie, comme par exemple Columbo qui renouvelait totalement le genre policier en donnant la solution dès les premières minutes de l’épisode, avec un Peter Falk malicieux et tenace en working class hero de l’enquête. Ou certaines séries hexagonales assez intrigantes, telle La poupée sanglante, merveille d’horreur gothique à la française. Mais sinon, le paysage audiovisuel mondial était encore plus triste qu’un dimanche d’octobre à Berck-plage.

Arrivent les années 80, la télévision gagne encore en audience, grâce au câble au États Unis et devient toujours plus riche. Les séries prennent de l’ampleur, du contenu et surtout du budget, c’est l’époque de Dallas et de Magnum. Côté scénario, les choses s’améliorent aussi, mais ça reste encore un peu figé dans des schémas classiques, un épisode/une enquête, avec parfois quelques retours sur des aventures passées ou alors un feuilleton à l’ancienne, c’est à dire une histoire longue, découpée en tronçons. Bref, du très convenu.

Et puis vint Steven Bochco. Ce nom ne vous dit rien ? C’est un tort ! Car derrière lui se cache Hill street blues – j’y reviens tout de suite – et NYPD Blue – que nous verrons une autre fois – et ce n’est pas rien.

Pourquoi, au milieu des Shérif, fais-moi peur et autres Pour l’amour du risque, Hill street blues fait-il date ? Parce que son créateur change la donne scénaristique, en créant ce qu’il appelle un arc, c’est à dire une histoire ou un thème par saison ou par pesonnage, sur lesquelles des histoires plus courtes viennent se raccrocher. Et aussi parce qu’il n’y a plus de personnage central, mais un groupe de personnages, qui peuvent être mis en avant suivant les modalités du scénario. Ce qui fonde le fonctionnement moderne de la série. Si, par exemple, Le Fugitif possède aussi une histoire couvrant toute la série au-delà de chaque épisode, c’est un but nébuleux, retrouver le fameux manchot assassin et qui devient un prétexte sans intérêt. Alors qu’Hill street blues prend en compte les évolutions des personnages, de leurs histoires. Ils ne sont plus des archétypes figés dans leurs rôles, ils changent, se transforment ou se transcendent, leurs relations se modifient avec le temps. Et donc renommer en français cette excellente série chorale Capitaine Furillo est une aberration, car il n’y a justement pas un personnage central qui est cœur et moteur de l’action.

Sur le fond, c’est assez simple, c’est l’histoire d’un commissariat dans une ville indéterminée, les enquêtes, les crimes, les relations entre les flics et avec la population, les histoires d’amours, les addictions, bref, bien plus une chronique policière qu’une simple série “détective”. Si le capitaine reste encore le point commun de tous les personnages, chacun apporte sa pierre à l’édifice dans la construction de cette saga. La flopée de comédiens qui incarnent les nombreux policiers en action sont tous plus excellents les uns que les autres – pour ma part, j’adore Belcker –, surtout le génial Dennis Franz que nous retrouverons dans NYPD blue. Pour mémoire, Hill street blues a glané 98 Emmy awards en 7 saisons !!!

Pour être tout à fait honnête, cette série a tout de même plus de trente ans, et si elle a correctement vieilli, elle pèche quand même par une certaine lenteur et des scénarios simples, sans trop de fioritures. Mais, malgré ces petites préventions, je vous recommande hautement d’y jeter un œil, c’est vraiment une excellente série, fondamentale pour les amateurs du genre.

À suivre…

Hill street blues, série en 7 saisons – 146 épisodes – malheureusement introuvables en DVD en français apparemment disponible en VOD sur Netflix.

Texte Naqdimon Weil

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *