Le nez dans l’écran : Ave Alexandre

 

 

La semaine passée, notre vénéré Rédac’Chef, Jack Moustache, a réuni l’équipe rédactionnelle de Moustaches et Fourchettes dans son ranch de la banlieue de Miami, devant la piscine où nageaient paresseusement Aston et Martin, ses crocodiles apprivoisés. Les yeux masqués par ses Wayfarers© 1952 et tétant doucement son Cohiba Siglo III Corona Grande, il nous fit part de sa satisfaction de l’évolution du site et des bons retours de la part des lecteurs. Puis, baissant ses lunettes, il laissa traîner son regard sur l’ensemble des rédacteurs en disant “Bon, c’est bien, mais on ne se relâche pas, les enfants. Et le premier qui s’amuse à flinguer un sujet dans son papier…” Il fit un signe de tête à Gunthar, son chauffeur-garde du corps. Le colosse se saisit alors d’un paquet dissimulé sous une bâche, qu’il jeta dans l’eau de la piscine, juste devant les mâchoires des sauriens. Nous eûmes à peine le temps de reconnaître Jean-Adalbert, le chroniqueur Vie Sociale, qui avait rendu un papier assassin sur la boum de sa nièce, qu’Aston et Martin étaient déjà en train de le consommer tartare. “Capisce ?” reprit Jack Moustache en nous fixant.a6bf316fd5a275cbfcc67e473f43442e

Donc.

Aujourd’hui, deux sujets, le dernier film des frères Coen et le spectacle d’Alexandre Astier en VOD. Parce qu’on n’est jamais assez prudent.

Depuis le début de leur carrière commune, Joel et Ethan Coen passent leur temps à faire une déclaration d’amour au cinéma américain, surtout à celui des années 40/50, comme le démontrait avec talent Barton Fink. Aussi, tous les deux ou trois films, ils reviennent sur le sujet, généralement pour le plus grand bonheur des cinéphiles. Et c’est donc le cas avec Ave César sorti ce mercredi. En résumé et sans divulgâcher – expression québecoise pour spoiler que je trouve magnifique et que je fais donc mienne dès là maintenant tout de suite -, le film raconte 24 heures de la vie d’Eddy Mannix, génial Josh Brolin, fixer – c’est à dire arrangeur des soucis du quotidien – du Studio Capitol. Et pour arranger des choses, il en arrange ! Sortir une starlette d’une situation embarrassante, discuter de la personnalité de Jésus avec un quarteron de religieux cintrés, dont un pope cinéphile et un rabbin intraitable, retrouver une star enlevée par des scénaristes brindezingues, tout en réorganisant les tournages et en évitant les commères de la presse hollywoodienne, voilà de quoi l’occuper entre deux très matinales confessions. Et grâce à lui, on passe de plateaux en salle de réunions, de scènes de comédie musicale à soirée au restau entre deux vedettes au QI de bulot, du confessionnal à la réunion de cellule de Communistes secrets, bref, une collection d’épisodes désopilants où Clooney, au mieux de sa forme en crétin absolu, Scarlett Johansson, sirène aussi belle que vulgaire et Channing Tatum, plus ambigu que jamais, font merveille. Et il en va de même pour tout le casting.

Donc, voilà, des comédiens qui cabotinent avec talent, des gags bien huilés, des scènes de comédies musicales, de comédie romantique ou de western parfaitement maîtrisées et une réalisation aux petits oignons. Et pourtant, navré les frangins, mais ça ne prend pas. On rit, on s’étonne, on admire. Mais on en sort avec un sentiment de manque. Ah oui, je sais, ça manque de scénario ! C’est une suite de saynètes drôles ou touchantes mais ça ne fait pas un film. Enfin, pas un film digne des Coen. Alors si, malgré tout, Ave César reste un bon moment de cinéma, il laisse nettement sur sa faim le cinéphile exigeant.

Voilà donc une critique peu positive. Et comme je crains la dentition d’Aston et Martin, je vais remonter le moral de Jack Moustache en parlant d’une perle de la VOD.

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Je suis un fan d’Alexandre Astier et ce depuis le premier épisode de Kaamelott. Je revois toujours avec un plaisir renouvelé son sketch sur Jean-Sébastien Bach ou celui sur la Physique Quantique (tous deux trouvables sur YouTube ou DailyMotion). Mais j’ai loupé l’ExoConférence lors de son passage à Nancy. Donc je me suis rattrapé en VOD. Et là, miracle, c’est parfaitement exceptionnel. Soyons honnête, ce spectacle n’est pas forcément le plus drôle de l’année, celui de Florence Foresti m’ayant fait beaucoup plus rire, par exemple. Mais quel talent, quelle intelligence, quelle inventivité ! Astier fait un seul en scène de génie qui va vous émouvoir, vous intéresser, vous ouvrir des horizons et aussi, ne le nions certainement pas, vous faire marrer. Ah, la scène du Paradoxe de Fermi, un modèle du genre. Et d’ailleurs, parler de seul en scène est trompeur, car il y a un autre acteur, le décor. Tout est millimétré et les choses s’enchaînent avec grâce. Donc, le créateur nous invite à découvrir rien de moins que l’astrophysique. Qu’il a étudié avec les meilleurs, Étienne Klein, directeur de l’observatoire de Paris, les ingénieurs à l’origine de Phylae et Rosetta, ainsi que de Roland Lehoucq, astrophysicien et auteur de SF. Bref, du très haut de gamme, de qui il a tiré le meilleur pour nous le faire comprendre au milieu de deux éclats de rire.

Alors, si vous aimez la science, regardez l’ExoConférence, si vous avez envie d’en savoir plus sur l’espace et le Big Bang, regardez l’ExoConférence, si vous voulez rire intelligent, regardez l’ExoConférence, et si vous aimez les framboises, le rock’n’roll ou même Kaamelott, regardez l’ExoConférence !!!

Ave, César ! comédie américaine de Joel et Ethan Coen, sortie le 17 février 2016

L’ExoConférence, un spectacle de et avec Alexandre Astier, disponible en VOD.

Texte Naqdimon Weil

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