Le nez dans l’écran : Un Baron sinon rien.

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Bon, je le sais, j’étais prévenu, l’implacable Jack Stou, notre vénéré Rédac’Chef va m’envoyer son homme de main, Gunthar, pour me péter les genoux, mais tant pis, mon honneur de téléspectateur étant en jeu, je vais dire – un peu – de mal.

Comme je suis plutôt bien élevé, il y a plein de choses que je fais, je cède ma place au vieillard dans le tram, je tiens la porte à la dame, j’ôte mon chapeau en rentrant dans un magasin, et plein d’autres que je ne fais pas, je ne crache pas par terre, je ne me cure pas le nez en public. Et surtout je ne parle pas des séries françaises – à part Engrenages – parce que ce n’est pas gentil de se moquer des invalides. Évidemment, quand au cours de mes pérégrinations télévisuelles, je tombe sur un épisode d’une d’entre elles, en règle générale, je tiens un bon gros quart d’heure avant d’avoir envie de me raser le crâne et de rentrer dans un ashram au Ladakh tout en m’épilant le torse au chalumeau oxydrique. Quand c’est policier, malgré les conseils des experts, ça ignore qu’en France, un juge, un avocat ou un marchand de quatre-saisons ne sont pas des enquêteurs et qu’il existe un code de procédure pénale, quand c’est médical, ça sert de potion soporifique et quand c’est humoristique, c’est trop souvent poussif ou larmoyant. Et encore, je ne vous parle ni de camping ni d’ange-gardien ni d’autres niaiseries pseudo-Hélène-et-les-garçonesques aux scénarios montés à la truelle et dont les dialogues sont encore plus fades qu’un plat d’endives bouillies au réfectoire du collège Paul Préboist de Saint-Thétique-sur-Aspartam.

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Donc, c’est vous dire si j’avais quelques idées préconçues avant de regarder Baron Noir que Canal Plus a diffusé en février. Surtout que c’est une série politique et que comme concurrents dans le genre, il y a À la Maison-Blanche, House of cards ou encore Borgen, bref du très très haut niveau. Et que le rôle principal est tenu par Kad Merad, que j’aime bien mais qui n’a jamais réussi à me convaincre dans un rôle dramatique depuis Je vais bien, ne t’en fais pas, ce qui date de 2006, tout de même. Eh bien, je vous l’avoue bien volontiers, tout ça tient la route, et plutôt très bien ! Toujours sans en dire trop, pour ne pas divulgâcher, les huit épisodes tournent autour des embrouilles tactico-politico-financières de Philippe Rickwaert, député-maire de Dunkerque et ami/ennemi Francis Laugier, candidat PS à l’élection présidentielle puis Président, formidable Niels Arestrup, plus Marlon Brando que jamais. Entre les deux, changeant de camp selon les mouvements de houle des oppositions, Amélie Dorendeu, joliment interprétée par la très belle et trop rare Anna Mouglalis. Même si un député français n’est pas Frank Underwood, je vous promets que vous allez quand même vous passionner pour l’élection législative de la 13° circonscription du Nord, ce qui est un exploit !

C’est plein de manœuvres, d’alliances, de trahisons, de vengeances, de coups bas et de retournements de situations, tout ça avec un sens du réel exceptionnel. D’ailleurs, pour toujours plus de vraisemblance, les auteurs ont réussi à mettre dans l’affaire des journalistes célèbres qui interviewent les personnages, dans les actuels locaux des différents médias, tout est fait pour qu’on s’y retrouve. La réalisation de Ziad Doueiri est acceptable, plutôt moderne, utilisant un tantinet trop de plans serrés à mon goût, surtout pris d’au dessus de l’épaule du comédien – je n’ai jamais autant vu la nuque de Kad ou l’ouverture auriculaire d’Arestrup…-, et on peut aussi s’agacer des facilités musicales, mais dans l’ensemble, ça reste très correct et ça ne nuit pas à la fluidité du scénario. Mention spéciale à Michel Muller, l’humoriste qui faisait Fallait pas l’inviter, parfaitement convaincant dans un rôle de patron magouilleur inquiétant et toujours au bord de l’explosion. Pour une fois, les seconds rôles ne sont pas négligés, apportant du relief à l’histoire et donnant sa véracité à la série. Et je rassure les lecteurs politisés, Gauche et Droite en prennent autant dans la face, et, hélas, le milieu politique n’en sort pas grandi.

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Bref, je recommande chaudement ce Baron Noir, à déguster comme une bourriche d’huîtres fraîches, Dunkerque oblige, avec ce rien d’acidité iodée qui réveille les papilles et les neurones !

Baron Noir, une série écrite par Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon, réalisée par Ziad Doueiri, en VOD sur Canal Plus

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